Rue des Augustins, un mardi après-midi de mars. Dans la salle de formation d’Unis-Cité, une dizaine de chaises sont disposées en cercle. Sur le tableau blanc, quelqu’un a écrit « ça va bien, et toi ? » en trois langues. Inès est arrivée avec son ukulélé, Omar avec une tablette de chocolat ramenée du marché. C’est leur rituel depuis qu’on les a mis en binôme : chaque rencontre commence par un geste, jamais par une leçon.

Omar a 28 ans, Inès en a 24. Lui vient de Homs, elle a grandi à Borny. Ensemble, ils forment un binôme Coop’R, un programme d’Unis-Cité qui ne ressemble à aucun autre service civique : pendant plusieurs mois, un volontaire francophone et une personne réfugiée apprennent à vivre ensemble, à se comprendre, à se transmettre ce que les fiches administratives ne captent jamais.

Un binôme imposé, une amitié qui ne l’était pas

Personne ne choisit son binôme. Un matin de septembre, les noms tombent. Inès avait coché la case « lien social », Omar avait entendu parler d’Unis-Cité par un ami croisé à la résidence Adoma. On les a présentés l’un à l’autre avec une poignée de main un peu timide et une fiche pédagogique à remplir ensemble. Six mois plus tard, ils finissent les phrases de l’autre.

Le premier mois, ils se voyaient deux fois par semaine, toujours au même endroit, avec la même question : « Qu’est-ce que tu veux faire aujourd’hui ? » Omar voulait comprendre les rayons du supermarché, Inès voulait apprendre à cuisiner le fattouche. Ils ont fait les deux. Un mercredi, au marché de Borny, Omar a cherché du fromage de tête mais il ne savait pas comment le dire. Inès a fait l’interprète, puis ils ont fini par partager un morceau sur un banc, à parler de la Syrie, de la guerre, en mélangeant arabe, français et gestes. C’est à ce moment-là qu’Inès a compris : l’intégration, c’est aussi apprendre à goûter ce que l’autre a dans son assiette. Le marché de Borny revient souvent dans notre agenda ; ces rencontres-là, jamais.

Omar : de Homs à Metz en passant par le Brésil

Trois pays sur sa trajectoire : Syrie, Brésil, France. Parti à 23 ans pour fuir la guerre, Omar a traversé l’Atlantique avant de demander l’asile en Guyane. C’est à Metz qu’on lui a proposé un logement. Il n’y connaissait personne. Aujourd’hui, il dit « chez nous » en parlant de son immeuble de la Patrotte, et il connaît le prénom de la boulangère, avenue de Strasbourg. Depuis qu’il a rejoint Coop’R, il téléphone à la CAF sans trembler, déchiffre les courriers du bailleur, prend le bus seul jusqu’au centre-ville.

Inès : psychologie, ukulélé et une colère froide contre les préjugés

Elle a grandi rue du Bon Pasteur, là où tout le monde se connaissait. Bac ES en poche, elle enchaîne sur une licence de psychologie, puis une licence pro, parce qu’elle veut bosser dans l’accompagnement social, pas dans un cabinet. Elle aurait pu filer à Nancy ou s’installer au centre-ville. Elle est restée du côté Est, « parce que c’est chez moi, et que j’en avais marre d’entendre que les jeunes de Borny ne s’engagent pas ».

Inès a la musique dans la peau. Guitare, ukulélé, bientôt le piano. Quand elle chante du Fairuz au local, Omar lui raconte que sa grand-mère écoutait la même chose à Damas. « On croit toujours que c’est à nous d’enseigner, de transmettre. En fait, j’ai autant appris qu’Omar. J’ai appris à me taire, à écouter sans corriger tout le temps. J’ai appris que l’hospitalité, c’est aussi accepter de recevoir. »

Elle évoque les regards dans le tram quand Omar parle arabe au téléphone, les silences gênés des voisins, le mot « réfugié » prononcé comme un problème. « On ne changera pas les mentalités avec un seul binôme, mais si chaque jeune du quartier passait six mois avec quelqu’un qui a vécu l’exil, on n’aurait pas les mêmes conversations au comptoir. »

Le City Stade, le boulodrome et les aubergines farcies

Un samedi, City Stade de Bellecroix. Deux heures de ballon avec les gamins du coin. Le soir, aubergines farcies chez Inès, avec la recette dictée en arabe par la mère d’Omar sur WhatsApp. Aucune feuille d’émargement n’a tracé ce samedi-là. « Ici, je me sens normal », a dit Omar.

Ce que Coop’R change concrètement à Metz-Est

Unis-Cité n’est pas une école, et c’est peut-être pour ça que ça marche. Les binômes apprennent en faisant : démarches à la préfecture, sorties culturelles, ateliers cuisine, sessions de code de la route. Pour Metz-Est, où la mixité sociale reste trop souvent un vœu pieux, ces duos sont des ponts jetés entre des mondes qui se tournent le dos. Omar a découvert le City Stade de Bellecroix grâce à Inès ; Inès a goûté sa première pâtisserie syrienne rue des Clercs.

Quand on interroge les coordinateurs, ils parlent de « compétences psychosociales » et de « parcours d’autonomisation ». Dans la bouche d’Omar, la même réalité donne : « Avant, je ne savais pas comment expliquer au médecin ce que je ressentais. Maintenant, je peux dire mal à la tête, mal au ventre, et je peux même raconter que ma mère me manque. »

Ce programme ne remplace pas une politique d’intégration ambitieuse, il ne loge pas, il ne soigne pas. Mais il recolle un peu du tissu social que des années de fracture ont déchiré. À côté des autres engagements locaux qui finissent en discours, celui-ci tient parce qu’il se vit à deux.

Six mois plus tard, le dispositif s’arrête

Inès reprendra son master de psychologie à la rentrée. Omar veut une formation, mécanicien ou électricien. « Je veux être utile, et je veux rester ici. » Le dimanche, ils continueront à se voir au marché ou au plan d’eau. Elle corrigera ses fautes de français, il lui apprendra à faire le café à la cardamome.

Questions fréquentes

Faut-il déjà parler français pour devenir volontaire Coop’R ?

Non. Le programme est conçu pour que l’apprentissage se fasse en immersion. Les binômes utilisent l’anglais, l’arabe, les gestes. L’idée est que la langue se construise dans la pratique quotidienne, pas dans un manuel.

Unis-Cité recrute combien de binômes à Metz ?

L’antenne messine renouvelle ses promotions chaque année. Les places sont limitées, mais l’association recrute en continu. Pour les dates exactes, le mieux est de consulter le site officiel d’Unis-Cité.

Est-ce que le service civique Coop’R est rémunéré ?

Oui, comme tout service civique, les volontaires perçoivent une indemnité mensuelle. Les conditions précises sont fixées par l’État et peuvent évoluer. Renseignez-vous directement auprès d’Unis-Cité pour les montants en vigueur.

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