Mardi 19h, rue du Bon Pasteur. Sidney allume le micro

Mardi 19h dans le local de Bornybuzz Radio, celui qui donne sur la rue du Bon Pasteur. Sidney Mahoungou règle le niveau du micro, Isabelle Barth pose son café. L’émission « Tête-à-tête avec Sidney » reçoit une professeure des universités pour une heure de discussion. Sujet du soir : la diversité.

Depuis 2019, ce rendez-vous mensuel donne la parole aux structures qui luttent contre les discriminations, hors des communiqués officiels. On y parle de ce qui cloche dans l’accès à l’emploi, dans la reconnaissance des compétences, dans les préjugés qui collent aux noms de famille.

Isabelle Barth décortique le mot derrière les affiches

Isabelle Barth dirige des recherches en sciences de gestion depuis plus de vingt ans. Spécialiste du management interculturel et de la diversité, elle a observé des centaines d’organisations, de la PME au grand groupe, et en a tiré des ouvrages qui tranchent avec les slogans des services communication. Dans le studio, elle a défendu une idée simple : la plupart des politiques diversité restent des opérations de relations publiques tant qu’elles ne modifient pas la façon concrète de recruter, d’évaluer, de promouvoir.

Elle distingue la diversité subie, celle qu’on affiche sous la contrainte d’un label, et la diversité choisie, celle qui améliore la performance parce qu’elle élargit les points de vue. La différence tient à la confiance. Une entreprise qui recrute des profils variés sans former ses managers à encadrer autrement obtient surtout de l’incompréhension et des départs silencieux. À l’inverse, une équipe où l’on peut dire « je ne comprends pas ta façon de voir » sans être catalogué progresse plus vite.

Du côté de chez nous, on n’a pas attendu la grande entreprise

Si vous avez déjà fait vos courses au marché de Borny un mercredi matin, vous savez que la mixité des origines, des langues et des parcours ne se décrète pas. Ici, on la vit sans mode d’emploi. Les commerçants de l’avenue de Strasbourg, les animateurs du centre social, les bénévoles des régies de quartier composent tous les jours avec des équipes que les DRH du centre-ville rêvent de modéliser dans leurs ateliers de design thinking.

Dans la file d’attente d’une boulangerie à deux pas de l’Agora, un matin ordinaire, on entend de l’arabe, du turc, du français mâtiné d’expressions locales et parfois un portugais rapporté de la Moselle industrielle. Personne n’a écrit de protocole. Ça fonctionne parce que les gens ont besoin les uns des autres, parce qu’un boulanger ne vendrait pas la moitié de son pain s’il exigeait que ses clients parlent comme lui. La diversité utile naît d’une nécessité partagée. Pas d’une obligation réglementaire.

À Bellecroix, le conseil citoyen tient des permanences d’entraide où se croisent des retraités de la sidérurgie et des jeunes diplômés en galère de premier emploi. Les questions de CV, de logement, de droits sociaux se traitent sans distinction de blason. C’est ce qu’on fait ici depuis longtemps, sans label et sans charte. Vous trouverez d’autres échos associatifs dans nos articles sur Bellecroix.

Ce que les chiffres ne montrent pas

À force de compter des pourcentages de salariés issus des minorités visibles, on finit par oublier de regarder ce qui bloque vraiment. Quand une agence d’intérim de la Grand-rue reçoit trois cents candidatures pour vingt postes en logistique, le problème n’est pas uniquement le tri du nom de famille. C’est aussi que les employeurs planifient des horaires décalés inaccessibles sans voiture individuelle, que l’information ne circule pas dans les réseaux de proximité, que la garde d’enfants reste un luxe pour une grande partie des actifs.

Isabelle Barth a rappelé un constat : le CV anonyme obligatoire n’a jamais, à lui seul, fait reculer les discriminations. Il évite l’écrémage au faciès patronymique mais ne garantit ni l’entretien, ni l’embauche, ni la promotion. Les politiques de diversité qui marchent ne multiplient pas les statistiques. Elles regardent les trajets domicile-travail, l’accès au numérique, les codes implicites qui régissent une réunion de service.

Le piège de la case à cocher

Le risque, c’est de remplacer un quota par un autre. Engager une femme racisée pour cocher deux cases d’un coup. Mettre des visages variés sur la plaquette institutionnelle sans leur laisser la parole dans les décisions. Les principaux intéressés ne sont pas dupes.

L’après-émission : ce qui se joue maintenant

Quand les micros se sont éteints, la discussion a continué une bonne demi-heure dans le studio. « Tête-à-tête avec Sidney » fonctionne comme ça depuis 2019 : une heure d’antenne, un invité qui repart parfois avec une question qu’il ne se posait pas avant d’entrer, et un public local qui pose les siennes sans tour de passe-passe. Le prochain rendez-vous est annoncé dans notre agenda. Les invités changent, le principe reste : l’égalité ne se prouve pas au fronton des mairies, mais au guichet du bailleur et au bureau du recruteur.

L’épisode avec Isabelle Barth est disponible en podcast sur toutes les plateformes.

Questions fréquentes

Ce type d’échange peut-il vraiment faire bouger les lignes dans les entreprises locales ?

Une émission seule ne remplace pas une négociation sociale. Mais quand des dirigeants de PME messines écoutent une experte poser les vrais problèmes, ils repartent parfois avec une question qu’ils n’avaient jamais posée à leur service RH. L’objectif n’est pas de convertir, c’est de créer un doute utile.

Je n’ai pas pu écouter l’émission en direct, est-elle accessible autrement ?

Oui. Tous les épisodes de « Tête-à-tête avec Sidney » sont disponibles en replay sur le site de Bornybuzz Radio. Vous pouvez les télécharger ou les écouter en streaming sans frais. L’émission n’est pas réservée à des spécialistes, elle s’adresse à toute personne qui cherche un regard lucide sur l’égalité.

Isabelle Barth intervient-elle localement en dehors de ce format ?

Elle participe régulièrement à des colloques et des sessions de formation professionnelle. Pour connaître ses prochaines interventions publiques, le plus simple est de suivre l’actualité de la recherche en gestion sur les portails académiques ou dans les articles que nous publions lorsque le sujet revient sur la table dans nos quartiers.

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